Menteur

« A quoi ça sert, les parents ? Ah oui, ça sert a ce qu’on leur mente. » Henry de Montherlant

Je n’ai pas toujours été menteur.
Au berceau et à l’école maternelle je ne mentais pas, j’en suis presque certain. Ce n’est que pendant mon adolescence que j’ai peu a peu acquis et perfectionné cette méthode de survie.
Je suis né un peu avant le  début de la Deuxième Guerre Mondiale et ma mère (beaucoup plus que moi) a été profondément traumatisée par cet évènement. Elle m’a subséquemment couvé comme une mère poule, et je n’ai jamais été autorisé à m’aventurer loin de son aile.

Pendant que mes petits camarades allaient s’ébattre sur un terrain de football ou à la piscine, j’étais sommé de rester à la maison parce que sûrement, si je suivais ces petits chenapans, il m’arriverait quelque chose de fâcheux.
C’est ce diktat qui m’a poussé au crime.
C’est à partir de cette époque que j’ai commencé à mentir.

-Maman, est-ce que je peux aller jour au foot avec les copains ?
-Non, c’est beaucoup trop dangereux. Le ballon pourrait te crever un œil.
-Maman est-ce que je peux aller à la piscine ?
-Tu n’y penses pas ! Tu pourrais te noyer… juste comme le fis de madame Bertrand…

Pour survivre, et ne pas être la risée de mes petits camarades, j’ai donc du improviser. Je me suis peu a peu forgé des alibis pour couvrir les traces de ma délinquance juvénile.
Si je ne pouvais pas aller à la piscine, je pouvais quand même aller jouer chez mon copain Francis qui habitait à deux pas de chez nous. Et c’est de chez Francis que nous partions au foot, à la piscine ou pour aller voir des films interdits aux moins de seize ans.
En ce temps-là, les classes populaires n’avaient pas le téléphone et il était relativement facile de raconter des balivernes à ses parents sans risque d’être découvert.

A force de pratique, je suis donc devenu un menteur assez adroit. Le secret de bien mentir est de ne pas être impulsif, de tourner sa langue trois fois dans sa bouche avant de se parler, et d’avoir bonne mémoire.

Quand j’étais étudiant, seuls les gens fortunés avaient un poste de télévision (noir et blanc) a la maison. Dans ma classe, il y avait seulement trois garçons appartenant à ces familles aisées. Certains matins ils prenaient un malin plaisir a parler de ce qu’ils avaient vu la veille sur le petit écran. Nous les pauvres, nous ne pouvions que les envier.
Et puis un jour, à leur grande surprise, mon copain et moi-même nous nous sommes mêlés à leur conversation. Nous avons offert des opinions et des commentaires sur ce qui avait été diffusé la veille sur RTF, l’unique chaine de télévision française de l’époque.
Ça leur en a bouché un coin à ces prétentieux.

Ce qu’ils ne savaient pas, c’est que ni mon copain ni moi-même n’avions soudainement hérités et avoir été a même d’acheter un téléviseur.
Mon copain qui était un petit génie de l’électronique avait simplement construit un amplificateur qui permettait de capter le son des programmes de télévision. Pas l’image, juste le son.
Cela était amplement suffisant pour nous permettre de faire la roue et prétendre que nous aussi nous appartenions maintenant à l’élite du pays.

Quand je me suis émancipé, j’ai peu a peu perdu la pratique de cette discipline. Mais le mensonge, c’est comme la bicyclette, on n’oublie jamais vraiment à s’en servir.

Alors méfiez-vous. Si un jour l’envie me prend de faire de la politique, je suis un peu rouillé, mais je me sens quand même encore capable d’embobiner les électeurs grâce à mes vieux talents d’illusionniste.

Alain

 

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