L’autre jour, j’ai rencontré une Française, qui après avoir passé 50 ans aux Etats-Unis, a décidé de rentrer en France pour y vivre. Ce n’est pas « mission impossible » mais c’est probablement difficile.
Je suis moi-même né à Paris, et j’ai vécu en France jusqu’à l’âge de 23 ans; après quoi, éprouvé par la guerre d’Algérie, et lassé du climat politique de l’époque, j’ai fait ma valise et je suis parti pour les Etats-Unis. J’y ai vécu un grand nombre d’années, et j’y habite encore. J’aime la France et ma ville natale, et je suis toujours heureux d’y revenir, mais je crois que je serais incapable de m’y réintégrer.
Bien que je parle encore (presque) couramment le Français, quand je viens maintenant en France, je m’y sens un peu comme un étranger. Beaucoup de choses me sont inconnues, et comme un touriste, je crains toujours de commettre des impairs. Je me souviens encore d’un voyage à Paris où un jour d’été, j’ai voulu acheter une bouteille d’eau minérale pour me rafraichir.
Ne connaissant pas le quartier où je me promenais, j’ai arrêté une jeune dame et lui ai demandé où se trouvait l’épicerie la plus proche. Elle m’a regardé d’un air interrogatif et j’ai tout de suite compris qu’elle ne me comprenait pas. Épicerie ? a-t-elle répété d’un air dubitatif… et bien oui madame, un petit magasin où l’on peut acheter des fruits et des légumes, des épices… ou de l’eau minérale. Ah m’a-t-elle enfin dit, vous voulez dire un « supermarché ? » Oui, c’est cela madame… un supermarché…
Voilà ce qui arrive quand l’on vit longtemps à l’étranger. Inconsciemment, l’on devient étranger à son tour. Comme beaucoup de mes semblables, je me sens maintenant plus Américain que Français, et les mots anglais me viennent plus facilement à l’esprit que les mots français… Un peu peut-être comme nos cousins Canadiens français, qui parlant le français, ne se sentent plus français du tout.
Mais malgré tout, l’on ne se refait pas complètement. Les Parisiens sont connus pour leur esprit frondeur, et en dépit de mon long séjour en exil, j’ai conservé cette « qualité » bien française. J’ai gardé un esprit critique et je ne me gêne pas pour m’en servir quand l’occasion se présente.
C’est mon jardin secret… que je ne peux partager qu’avec des Parisiens. Les autres ne comprendraient pas… ce n’est pas de la méchanceté, c’est une pointe de malice… juste comme un peu de piment dans un met insipide.
Mais en dépit de tout…
« On ne peut aimer mieux qu’à Paris ; il n’est pas meilleur endroit au monde pour attendre un être aimé, qu’une place parisienne en fin d’après-midi, sous la pluie. « Jacques Attali
C’est absolument vrai!
Alain